{"id":3334,"date":"2025-01-30T17:30:48","date_gmt":"2025-01-30T16:30:48","guid":{"rendered":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/?post_type=product&#038;p=3334"},"modified":"2025-02-11T13:08:23","modified_gmt":"2025-02-11T12:08:23","slug":"boulevard-des-philosophes","status":"publish","type":"product","link":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/?product=boulevard-des-philosophes","title":{"rendered":"Boulevard des philosophes"},"content":{"rendered":"","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"featured_media":2970,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"product_brand":[],"product_cat":[29,20,26],"product_tag":[],"class_list":{"0":"post-3334","1":"product","2":"type-product","3":"status-publish","4":"has-post-thumbnail","6":"product_cat-litterature","7":"product_cat-romande","8":"product_cat-recits","10":"first","11":"instock","12":"shipping-taxable","13":"product-type-simple"},"acf":{"courte_description":"Dans l\u2019\u0153uvre de Georges Haldas, <em>Boulevard des Philosophes<\/em> est le livre du p\u00e8re. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un conteur, l\u2019auteur \u00e9gr\u00e8ne ses souvenirs d\u2019enfance et brosse le portrait d\u2019un homme \u2013 son p\u00e8re \u2013 dans la vie duquel se refl\u00e8tent les tourments d\u2019une \u00e9poque.","nom_auteure":"Georges Haldas","nom_auteure_2":"","nom_auteure_3":"","nom_traducteurice":"","nom_prefacierere":[3187],"nom_illustrateurice":"","description_tabs":"Georges Haldas a dit un jour que prendre conscience de sa relation au p\u00e8re et \u00e0 la m\u00e8re, c\u2019est clarifier ses rapports avec soi-m\u00eame et avec les autres. C\u2019est ce qu\u2019il a tent\u00e9 de faire avec <em>Boulevard des Philosophes<\/em>, d\u2019une part, et avec <em>Chronique de la rue Saint-Ours<\/em>, de l\u2019autre \u2013 deux livres en v\u00e9rit\u00e9 indissociables. Dans le premier, il brosse de son p\u00e8re, trente ans apr\u00e8s sa mort, un portrait fond\u00e9 sur ses propres sensations et souvenirs d\u2019enfance. Par son implication personnelle, le narrateur fait ainsi, indirectement, son propre portrait. La figure paternelle, par ailleurs, est forc\u00e9ment en lien avec notre propre d\u00e9couverte du monde\u00a0: mieux vaut alors, selon l\u2019auteur, comprendre le p\u00e8re plut\u00f4t que le tuer, si on veut savoir qui on est et pouvoir se situer parmi les hommes.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nLa rem\u00e9moration minutieuse de \u00ab\u00a0l\u2019homme mon p\u00e8re\u00a0\u00bb tourne progressivement \u00e0 la transfiguration\u00a0: au terme de <em>Boulevard des Philosophes<\/em>, le p\u00e8re est devenu en quelque sorte le fr\u00e8re du narrateur \u2013 mais aussi celui du lecteur\u00a0: gr\u00e2ce \u00e0 son art, Georges Haldas nous donne son exp\u00e9rience en partage, au point qu\u2019elle devient la n\u00f4tre. Livre de libert\u00e9 et de fraternit\u00e9, <em>Boulevard des Philosophes<\/em> s\u2019adresse \u00e0 tous et ouvre un chemin en chacun, en \u00e9cho \u00e0 la phrase de Pascal cit\u00e9e en exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Toute la suite des hommes n\u2019est qu\u2019un seul homme, qui subsiste toujours\u00a0\u00bb.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nCette nouvelle \u00e9dition de <em>Boulevard des Philosophes <\/em>est accompagn\u00e9e d\u2019une pr\u00e9face d\u2019Alexis Fredriksen, auteur d\u2019une th\u00e8se consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Georges Haldas.","Infos":"Auteur : Georges Haldas\r\nCat\u00e9gorie : litt\u00e9rature romande\r\nDate de publication : 20 octobre 2022\r\nLongueur : 260 pages\r\n\r\nISBN 9782940733408\r\n\r\n\u00c9galement en format num\u00e9rique\r\n\r\nPDF : ISBN 9782940733415\r\n\r\nEpub: ISBN 9782940733422","presse":"","extrait":"Il me semble que c\u2019est par une fin de matin\u00e9e, un peu avant midi. Mon p\u00e8re est assis \u00e0 son bureau dans sa chambre. Ma m\u00e8re, elle, se tient sur la chaise o\u00f9 elle a l\u2019habitude de coudre, pr\u00e8s de la fen\u00eatre. Ce n\u2019est pas, je le sens d\u2019embl\u00e9e, la d\u00e9tente ordinaire de la conversation, entre eux, o\u00f9 mon p\u00e8re essaie, avec un m\u00e9lange de vivacit\u00e9 et d\u2019amertume, d\u2019expliquer quelque chose \u00e0 sa compagne\u2009; laquelle, baissant la t\u00eate, semble recueillir ses paroles pour trier en elle \u2013 au fond d\u2019elle-m\u00eame \u2013 le vrai du faux, pour lui r\u00e9pondre, sans l\u2019irriter, selon ce qu\u2019elle croit juste. Non, en cette fin de matin\u00e9e, rien de cela\u2009; mais une atmosph\u00e8re consternante. Mon p\u00e8re se tient la t\u00eate dans les mains. La petite m\u00e8re, elle, a l\u2019air d\u2019\u00eatre absorb\u00e9e par son ouvrage. Mais elle a l\u2019air seulement. Je me rends bien compte, moi, qu\u2019elle ne travaille pas. On dirait qu\u2019elle ne prend cette pose que pour maintenir intactes ses forces, garder son sang-froid. Entre elle et mon p\u00e8re, un long, un lourd silence, plein de choses que j\u2019ignore, comme une for\u00eat environnante, et duquel se l\u00e8ve, enfin, une petite phrase qui n\u2019a l\u2019air de rien du tout. Une petite phrase dite \u00e0 mi-voix et \u00e0 la mani\u00e8re de quelqu\u2019un qui doit se la r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 lui-m\u00eame pour y croire. Mais qui, au juste, l\u2019a prononc\u00e9e\u2009? Mon p\u00e8re ou ma m\u00e8re\u2009? Je ne sais plus. La phrase \u00e9tant\u2009: \u00ab\u2009Ruin\u00e9s, mes pauvres enfants, nous sommes ruin\u00e9s\u2009\u00bb. Nouveau silence, prolong\u00e9 lui aussi, qui contient comme des mondes embo\u00eet\u00e9s les uns dans les autres\u2009; et au bout duquel deux mots encore se d\u00e9tachent, prononc\u00e9s par ma m\u00e8re tandis que mon p\u00e8re se tient toujours la t\u00eate entre les mains (et il me semble que ses mains tremblent l\u00e9g\u00e8rement). Ces deux mots sont\u2009: \u00ab\u2009Pauvres petits\u2009\u00bb.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nTout ce qui touche \u00e0 la p\u00e9riode qui a suivi cette sc\u00e8ne, ou, plus exactement, li\u00e9e \u00e0 cette sc\u00e8ne \u2013 car en r\u00e9alit\u00e9 il n\u2019y a pas d\u2019avant et pas d\u2019apr\u00e8s \u2013 reste envelopp\u00e9 pour moi encore dans le brouillard. Une sorte de brouillard que j\u2019ai maintes fois interrog\u00e9. Mais rien n\u2019en sort. En revanche, il y a un nom, un nom bizarre qui cristallise l\u2019ind\u00e9termination de cette phase de notre existence familiale et qui, si j\u2019ose dire, en fixe le brouillard. Cette phase, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait supposer, n\u2019est marqu\u00e9e par aucune tension, aucun \u00e9clat entre mes parents. Simplement il me semble \u2013 mais l\u2019impression est extraordinairement t\u00e9nue \u2013 que l\u2019homme mon p\u00e8re est en proie \u00e0 une vive inqui\u00e9tude. Une inqui\u00e9tude d\u2019ailleurs difficile \u00e0 d\u00e9finir. Car il me semble qu\u2019il essaie \u00e9galement de la cacher. Il quitte la maison de bonne heure le matin. Il ne rentre que vers midi, tient des conciliabules avec ma m\u00e8re. Il ne lui parle plus comme \u00e0 un partenaire enfant. On dirait qu\u2019il la consulte et m\u00eame, par moments, qu\u2019il s\u2019appuie sur elle. C\u2019est une p\u00e9riode d\u2019errance pour mon p\u00e8re. Comme un oiseau en qu\u00eate de nourriture pour le nid. Et puis je ne sais quoi, en fin de compte, se stabilise. Or le nom li\u00e9 \u00e0 cette phase de notre existence, \u00e0 son brouillard, \u00e0 mes perceptions confuses, qui en r\u00e9sume l\u2019incertitude en m\u00eame temps qu\u2019il marque une \u00e9tape d\u00e9cisive \u2013 mais vers quoi\u2009? \u2013, ce nom bizarre c\u2019est\u2009: <em>Velocitas.<\/em> Celui, on l\u2019a devin\u00e9, d\u2019une entreprise ou plut\u00f4t d\u2019une officine dans laquelle mon p\u00e8re avait fini par trouver un emploi. Quel emploi\u2009? Que faisait-il\u2009? Je ne l\u2019ai su que par la suite. Toujours, donc, le brouillard ou, plut\u00f4t \u2013 \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019existence de ce nom de <em>Velocitas <\/em>\u2013 une sorte de n\u00e9buleuse. Mieux encore\u2009: une masse en \u00e9bullition qui lentement va se refroidir et se solidifier en souvenirs \u00e9pars, dont quelques-uns tr\u00e8s pr\u00e9cis. Le fait, par exemple, que la petite m\u00e8re ne pronon\u00e7ait jamais ce nom sans une sorte de respect excessif, comme en ont certaines gens pour parler de l\u2019entreprise dont d\u00e9pend leur gagne-pain ou de leurs patrons. J\u2019ai connu un soi-disant \u00e9crivain qui parlait sur ce ton-l\u00e0 de la Croix-Rouge, o\u00f9 il travaillait. Il fallait l\u2019entendre\u2026 J\u2019ai souvenir, au contraire, que mon p\u00e8re ne pronon\u00e7ait jamais ce nom sans une sorte d\u2019agacement m\u00eal\u00e9 de m\u00e9pris ou une ironie froide et am\u00e8re, et avec l\u2019air de quelqu\u2019un qui est condamn\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter tous les jours, pour son travail, une bande d\u2019incapables et de fripouilles. Autre \u00e9l\u00e9ment pr\u00e9cis touchant l\u2019\u00e9poque Velocitas\u2009: la maison o\u00f9 \u00e9tait employ\u00e9 mon p\u00e8re \u2013 ce mot employ\u00e9 lui restait \u00e0 la gorge comme une ar\u00eate \u2013 se situait quelque part derri\u00e8re la gare, l\u2019ancienne, bien entendu, qu\u2019on voyait sur les images des calendriers avec ses deux rampes d\u2019acc\u00e8s en pente douce, ses taxis rares, ses cal\u00e8ches et surtout \u2013 conf\u00e9rant au nom de Velocitas un prestige qu\u2019il n\u2019avait nullement par lui-m\u00eame \u2013 les locomotives \u00e0 vapeur, que mon p\u00e8re, \u00e0 la sortie du bureau, m\u2019emmenait voir en accompagnant cette visite de commentaires interminables.\r\n\r\n&nbsp;","description-auteur":"Georges Haldas (1917-2010), \u00e9crivain, po\u00e8te et traducteur genevois, se consid\u00e9rait simplement comme \"un homme qui \u00e9crit\". 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