{"id":3349,"date":"2025-01-31T09:14:19","date_gmt":"2025-01-31T08:14:19","guid":{"rendered":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/?post_type=product&#038;p=3349"},"modified":"2025-05-12T13:14:25","modified_gmt":"2025-05-12T11:14:25","slug":"les-evinces","status":"publish","type":"product","link":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/?product=les-evinces","title":{"rendered":"Les \u00e9vinc\u00e9s"},"content":{"rendered":"","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"featured_media":2975,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"product_brand":[],"product_cat":[29,20,26],"product_tag":[],"class_list":{"0":"post-3349","1":"product","2":"type-product","3":"status-publish","4":"has-post-thumbnail","6":"product_cat-litterature","7":"product_cat-romande","8":"product_cat-recits","10":"first","11":"instock","12":"shipping-taxable","13":"product-type-simple"},"acf":{"courte_description":"Singulier et inclassable, <em>Les \u00e9vinc\u00e9s<\/em> est le r\u00e9cit romanc\u00e9 d\u2019un homme de lettres qui observe et d\u00e9crit le monde asilaire auquel il appartient sous la contrainte, \u00e0 une \u00e9poque charni\u00e8re pour la psychiatrie et qui voit na\u00eetre les premi\u00e8res manifestations de ce qu\u2019on appellera l\u2019art brut.","nom_auteure":"Francis Lemuel","nom_auteure_2":"","nom_auteure_3":"","nom_traducteurice":"","nom_prefacierere":[3163],"nom_illustrateurice":"","description_tabs":"En 1905, Marc Christin, chroniqueur pour divers journaux en Suisse romande et \u00e0 Paris, faussaire r\u00e9cidiviste, fr\u00e9quent r\u00e9sident \u2013 par condamnation p\u00e9nale \u2013 de l\u2019asile de Cery \u00e0 Lausanne, publie sous le pseudonyme de Francis Lemuel une autofiction sur son exp\u00e9rience en milieu asilaire : <em>Les \u00e9vinc\u00e9s.<\/em>\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nCe r\u00e9cit passionnant est \u00e9galement le r\u00e9sultat d\u2019une approche alors nouvelle en psychiatrie : laisser s\u2019exprimer les personnes intern\u00e9es pour mieux les comprendre, et mieux les traiter. L\u2019art brut \u00e9merge peu \u00e0 peu, et n\u2019a pas encore de nom. Mais la r\u00e9daction des <em>\u00c9vinc\u00e9s <\/em>s\u2019inscrit dans un contexte plus large encore : celui du combat pour une r\u00e9forme des pratiques p\u00e9nales, qui tiendrait compte de l\u2019\u00e9tat psychique des accus\u00e9s.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nLitt\u00e9rature, psychiatrie, justice p\u00e9nale, art brut\u2026 Marco Cicchini, docteur en histoire moderne \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, revient sur cette \u00e9poque charni\u00e8re qui a vu na\u00eetre <em>Les \u00e9vinc\u00e9s<\/em>, et sur le parcours rocambolesque de son auteur. Publi\u00e9 en 2022 dans la revue <em>Criminocorpus<\/em>, l\u2019\u00e9tude qu\u2019il a consacr\u00e9e aux <em>\u00c9vinc\u00e9s<\/em> vient donner ici tout son relief aux \u00ab pages v\u00e9cues \u00bb de Marc Christin.","Infos":"Auteur : Francis Lemuel\r\nCat\u00e9gorie : litt\u00e9rature romande\r\nDate de publication : 22 mars 2024\r\nLongueur : 324 pages\r\n\r\nISBN 9782940749614\r\n\r\n\u00c9galement en format num\u00e9rique\r\n\r\nPDF : ISBN 9782940749621\r\n\r\nEpub: ISBN 9782940749638","presse":"<strong><a href=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/\">En attendant Nadeau<\/a> - Philippe Arti\u00e8res, 8 octobre 2024<\/strong>\r\n\r\n(...) Le plus troublant dans cette dr\u00f4le d'histoire est qu'aujourd'hui, pour les historien.ne.s de la psychiatrie, ce texte est une formidable source pour comprendre la r\u00e9alit\u00e9 asilaire : une archive plus vraie que nature.","extrait":"Ce matin-l\u00e0 \u2014 un matin superbe de septembre, ensoleill\u00e9, presque joyeux \u2014, vers dix heures et demie, le Dr Adolphe Gr\u00e9geois, m\u00e9decin-directeur de l\u2019asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s de Tr\u00eanes, sortait de la salle d\u2019autopsie, suivi de son \u00e9tat-major d\u2019assistants et d\u2019internes. Le docteur paraissait absolument satisfait ; il souriait, tout en fumant un excellent cigare, et son sourire \u00e9tait, comme toujours, nuanc\u00e9 d\u2019un brin de moquerie. Parfois, entre deux bouff\u00e9es, il sifflotait m\u00e9diocrement quelques mesures d\u2019un rigaudon quelconque. Le premier assistant, le Dr Lhomme, dit tr\u00e8s bas \u00e0 l\u2019interne :\r\n\r\n\u00ab Le ma\u00eetre est de bonne humeur.\r\n\r\n\u2014 On le croirait presque. \u00bb\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nEn somme, il pouvait l\u2019\u00eatre. Un m\u00e9decin ali\u00e9niste n\u2019a pas tous les jours l\u2019occasion d\u2019autopsier un homme illustre, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en son \u00e9tablissement, et d\u2019ajouter ainsi, a une collection d\u00e9j\u00e0 volumineuse de coupes microscopiques, celles d\u2019un int\u00e9ressant cerveau.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nOr, c\u2019\u00e9tait le cas. La veille au soir, l\u2019avocat Gerbeau, une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 presque europ\u00e9enne, un ma\u00eetre du barreau parisien, auteur d\u2019ouvrages couronn\u00e9s par l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise et collaborateur longtemps assidu des grandes revues de jurisprudence, \u00e9tait mort apr\u00e8s quelques ann\u00e9es de s\u00e9jour et de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence intellectuelle et physique, progressive, ininterrompue.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nEt Gr\u00e9geois pensait \u00e0 l\u2019ironie des choses, \u00e0 l\u2019antith\u00e8se cruelle de la vie. Ce Gerbeau, au cours d\u2019une jeunesse un peu f\u00eatarde, avait \u00e9t\u00e9 atteint d\u2019une avarie qui, superficiellement gu\u00e9rissable, laisse dans l\u2019organisme des germes morbides indestructibles. Trop intelligent et trop averti pour ne pas comprendre le danger \u00e0 venir \u2014 n\u2019avait-il point connu Maupassant et bien d\u2019autres ? \u2014, l\u2019avocat s\u2019\u00e9tait soumis \u00e0 toutes les exigences d\u2019un r\u00e9gime m\u00e9ticuleux et s\u00e9v\u00e8re, ordonn\u00e9 par un sp\u00e9cialiste. Il voulait \u00e9carter les cons\u00e9quences possibles, probables m\u00eame, de son cas, en \u00e9liminant les causes aggravantes et les exc\u00e8s ; mais, malgr\u00e9 ce soin z\u00e9l\u00e9, l\u2019heure mauvaise \u00e9tait venue et l\u2019avait terrass\u00e9. La science assur\u00e9ment ne saurait tout pr\u00e9voir. Cependant, on eut pu imaginer qu\u2019un tel homme, si renseign\u00e9, aurait \u00e9vit\u00e9 la crise finale. Non. Aussi faible que les autres, que les ignares, que les inconscients m\u00eame.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nCette conclusion mit, au sourire du docteur Gr\u00e9geois, un peu d\u2019amertume. Il tira de son cigare une bouff\u00e9e plus puissante, regarda sa montre, puis, se tournant vers les m\u00e9decins :\r\n\r\n\u00ab Onze heures moins un quart, fit-il. Nous pourrions faire une tourn\u00e9e en divisions ? \u00bb\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nL\u2019\u00e9tat-major s\u2019inclina. Tous \u00e9taient satisfaits. Ces tourn\u00e9es en divisions de malades constituaient d\u2019excellentes le\u00e7ons. Gr\u00e9geois, dou\u00e9 d\u2019une suret\u00e9 de coup d\u2019\u0153il \u00e9tonnante, se plaisait \u00e0 \u00e9tablir des diagnostics de psychiatrie apr\u00e8s un court examen du malade, et il avait une certaine fa\u00e7on d\u2019interroger, de faire parler, de confesser presque le sujet, qui \u00e9merveillait le personnel. Ses erreurs \u00e9taient rares, et les m\u00e9decins assistants apprenaient souvent davantage en une de ces \u00ab tourn\u00e9es \u00bb qu\u2019en deux heures de clinique.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nApr\u00e8s avoir travers\u00e9 la longue cour, le Centre, qui s\u00e9pare l\u2019aile o\u00f9 sont log\u00e9es les malades femmes de celle o\u00f9 habitent les hommes, ils entr\u00e8rent dans le corps d\u2019administration ; le directeur prit \u00e0 gauche et ouvrit, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un passe, une haute porte peinte en blanc, pour p\u00e9n\u00e9trer dans un couloir au parquet cir\u00e9 le long duquel s\u2019alignent les chambres des pensionnaires de premi\u00e8re classe, privil\u00e9gi\u00e9s de la fortune. Des infirmiers en tabliers blancs s\u2019avanc\u00e8rent. Un seul malade, petit, vieillot, m\u00e9lancolique, se promenait, les mains dans les poches de son veston. Il se retourna :\r\n\r\n\u00ab Ah ! fit-il, voici les notaires ! Il n\u2019y a que des notaires, ici. Avez-vous une vente ? \u00bb\r\n\r\nGr\u00e9geois sourit et lui tendit la main.\r\n\r\n\u00ab Vous allez bien, monsieur Lanz ?\r\n\r\n\u2014 Oui, oui, pas tant\u2026 je ne sais pas\u2026 Il y a une vacation ? \u00bb\r\n\r\nLes m\u00e9decins pass\u00e8rent sans r\u00e9pondre.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nAncien marchand d\u2019immeubles, ce bonhomme, tr\u00e8s riche, atteint de paralysie g\u00e9n\u00e9rale, ne voyait que notaires et ne r\u00eavait que contrats.\r\n\r\n\u00ab Nous montons directement \u00e0 l\u2019Observation, fit le directeur en ouvrant une seconde porte au fond du couloir ; il y a deux \u201centr\u00e9es\u201d, n\u2019est-ce pas, monsieur Lhomme ? \u00bb\r\n\r\nLe m\u00e9decin assistant confirma :\r\n\r\n\u00ab Deux entr\u00e9es, oui, monsieur le directeur : une hier matin, une autre hier soir. \u00bb\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nLe temps est pass\u00e9 des m\u00e9decins en longue redingote noire et cravat\u00e9s de blanc ; ce fut leur dernier \u00ab uniforme \u00bb succ\u00e9dant \u00e0 l\u2019habit bleu barbeau \u00e0 boutons d\u2019or. Aujourd\u2019hui, c\u2019est le complet clair et le chapeau melon, voire le feutre mou ; ou bien le costume du cycliste, ou encore l\u2019allure quelque peu d\u00e9sinvolte de l\u2019homme de lettres ou de l\u2019artiste en espoir de notori\u00e9t\u00e9 ou de gloire. Tout se simplifie et se d\u00e9mocratise, quant \u00e0 l\u2019habit, du moins.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nOr, le Dr Gr\u00e9geois \u00e9tait toujours fort \u00e9l\u00e9gant, v\u00eatu de chez le bon faiseur, mais sans aucune exag\u00e9ration d\u2019un gout douteux. Taille moyenne, d\u2019apparence robuste, il accusait cinquante ans \u00e0 peine. Une calvitie naissante indiquait seule le poids des ann\u00e9es. La m\u00e2choire pro\u00e9minente disait une volont\u00e9 arr\u00eat\u00e9e, plut\u00f4t m\u00eame un brin d\u2019ent\u00eatement ; les yeux, railleurs et scrutateurs \u00e0 la fois, semblaient, par leur ind\u00e9chiffrable expression, s\u2019opposer \u00e0 toute analyse psychique ; leur regard rieur d\u00e9concertait, d\u00e9routait. Mais cette ga\u00eet\u00e9 presque permanente paraissait souvent tr\u00e8s superficielle, et d\u2019aucuns se demandaient \u2014 les amis, les coll\u00e8gues, les relations mondaines \u2014 si cette ironie et cet esprit parfois caustique, n\u2019\u00e9taient point des armes pr\u00eates contre la contagion possible des affections mentales. Qui se pla\u00eet \u00e0 vivre avec les fous n\u2019est pas absolument sain d\u2019esprit, pr\u00e9tendent certains psychiatres. Et cette attitude joyeuse, d\u00e9fensive, donnait au docteur quelque chose d\u2019ind\u00e9finissable, d\u2019inqui\u00e9tant. La d\u00e9formation professionnelle ne l\u2019avait pas encore saisi dans ses griffes in\u00e9vitables ; il lui r\u00e9sistait, il ne voulait pas voir en tout sujet un malade et en tout malade un ali\u00e9n\u00e9. Et cette r\u00e9sistance, d\u2019ailleurs, ne l\u2019abusait gu\u00e8re, sachant que t\u00f4t ou tard lui aussi se \u00ab cristalliserait \u00bb et n\u2019aurait plus dans ses observations mentales qu\u2019un crit\u00e8re : la psychopathie de l\u2019individu admise <em>a priori. <\/em>D\u00e9j\u00e0, la grande habitude des recherches et des anamn\u00e8ses, l\u2019accoutumance des interrogatoires et des paperasses administratives, lui donnaient une certaine allure judiciaire, la mentalit\u00e9 d\u2019un juge d\u2019instruction. Parfois m\u00eame, un profane eut pu se demander si l\u2019homme qui lui parlait \u00e9tait docteur en droit ou docteur en m\u00e9decine, et s\u2019il ne prenait pas autant de plaisir \u00e0 diriger une enqu\u00eate, criminelle ou autre, qu\u2019\u00e0 \u00e9tudier les coupes d\u2019un cerveau mal en point.","description-auteur":"Francis Lemuel est l'un des pseudonymes de Marc Christin (1861-1916), hommes de plume vaudois si r\u00e9guli\u00e8rement condamn\u00e9 pour fraude que les juges ont fini par y voir un signe de d\u00e9s\u00e9quilibre mental. ","liens_auteur":3083,"livre_lie_produits":[3321,3351]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/product\/3349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/product"}],"about":[{"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/product"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/product\/3349\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4472,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/product\/3349\/revisions\/4472"}],"acf:post":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/product\/3351"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/product\/3321"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/auteur\/3083"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/auteur\/3163"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2975"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"product_brand","embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fproduct_brand&post=3349"},{"taxonomy":"product_cat","embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fproduct_cat&post=3349"},{"taxonomy":"product_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fproduct_tag&post=3349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}