{"id":3381,"date":"2025-01-31T09:49:03","date_gmt":"2025-01-31T08:49:03","guid":{"rendered":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/?post_type=product&#038;p=3381"},"modified":"2025-02-11T17:28:34","modified_gmt":"2025-02-11T16:28:34","slug":"giacumbert-nau","status":"publish","type":"product","link":"https:\/\/florideshelvetes.ch\/?product=giacumbert-nau","title":{"rendered":"Giacumbert Nau"},"content":{"rendered":"","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"featured_media":2994,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"product_brand":[],"product_cat":[29,23,25],"product_tag":[],"class_list":{"0":"post-3381","1":"product","2":"type-product","3":"status-publish","4":"has-post-thumbnail","6":"product_cat-litterature","7":"product_cat-romanche","8":"product_cat-romans","10":"first","11":"instock","12":"shipping-taxable","13":"product-type-simple"},"acf":{"courte_description":"\u00c0 travers le personnage de Giacumbert Nau, Leo Tuor raconte de mani\u00e8re originale la vie du berger au quotidien: ses angoisses, ses r\u00eaves, sa fascination pour la nature qui l'entoure, sa m\u00e9fiance \u00e0 l'\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nEn explorant la tradition, le d\u00e9veloppement du tourisme, la transformation de l'agriculture, <em>Giacumbert Nau<\/em> atteint une port\u00e9e universelle, tout en donnant acc\u00e8s au d\u00e9sarroi particulier qui caract\u00e9rise aujourd'hui le rapport des communaut\u00e9s romanches \u00e0 l'avenir.","nom_auteure":"Leo Tuor","nom_auteure_2":"","nom_auteure_3":"","nom_traducteurice":[3143],"nom_prefacierere":[3225],"nom_illustrateurice":"","description_tabs":"<em>Giacumbert era siu num e cul medem bustap entschevevan ils nums da sias pastiras\u2026<\/em>\r\n\r\nSon nom \u00e9tait Giacumbert, et c\u2019est par la m\u00eame lettre que commen\u00e7aient les noms des p\u00e2turages dont il avait la charge.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nDans les montagnes du canton des Grisons, tout \u00e0 l\u2019Est de la Suisse, dans une de ces hautes vall\u00e9es alpines dont la langue est le romanche, Giacumbert Nau travaille comme berger. Il est de ce fait un exclu au sein du microcosme o\u00f9 il vit. Solitaire, m\u00e9fiant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des villageois qui l\u2019exploitent, il garde ses brebis sur des alpages qui sont son refuge, d\u2019o\u00f9 il contemple les pentes herbeuses en m\u00e9ditant sur l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 romanche : le monde rural se meurt, les terrains sont brad\u00e9s, le tourisme alpin menace l\u2019identit\u00e9 des autochtones\u2026 Mais les journ\u00e9es de Giacumbert Nau ne sont pas que tristesse et d\u00e9solation : il y a aussi l\u2019attachement aux b\u00eates, la beaut\u00e9 de la nature, et l\u2019amour d\u2019Albertine \u2013 autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui font que la vie vaut d\u2019\u00eatre v\u00e9cue.","Infos":"Auteur : Leo Tuor\r\n\r\nTitre original : <em>Giacumbert Nau<\/em>\r\nCat\u00e9gorie : litt\u00e9rature romanche\r\nDate de publication : 10 novembre 2022\r\nLongueur : 152 pages\r\n\r\nISBN 9782940733514\r\n\r\n\u00c9galement en format num\u00e9rique\r\n\r\nPDF : ISBN 9782940733521\r\n\r\nEpub: ISBN 9782940733538","presse":"","extrait":"Je me souviens.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nIl n\u2019\u00e9tait pas bien grand et pas tr\u00e8s beau. Il n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s large d\u2019\u00e9paules pour un homme, il n\u2019avait pas de poil sur la poitrine. Une de ses jambes \u00e9tait un peu trop courte et de ce fait on le reconnaissait \u00e0 son pas de tr\u00e8s loin. (Il ne marchait vite que rarement, pour un berger. Peut-\u00eatre \u00e0 cause de cette jambe, peut-\u00eatre parce qu\u2019il avait l\u2019habitude de se tenir immobile et de scruter les alentours avec ses jumelles.)\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nIl avait des mains fines. De la main gauche, ne saillait que le pouce, les autres doigts manquaient. La seule chose de belle qu\u2019il avait selon moi, c\u2019\u00e9taient ses yeux, mais il fallait attendre longtemps avant qu\u2019il ne regarde quelqu\u2019un dans les yeux, parce qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rait les b\u00eates aux gens. Il d\u00e9testait les gens, surtout ces gens qu\u2019on appelait \u00ab\u2009peuple\u2009\u00bb, ce troupeau aveugle et stupide, si prompt \u00e0 suivre la direction que les pr\u00eatres et les politiciens lui indiquaient.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nNon, penser n\u2019\u00e9tait pas le point fort des gens. Prie et travaille et ne pense pas. Avoir du travail et rester b\u00eate et rab\u00e2cher les m\u00eames idioties jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e. Voil\u00e0 ce qu\u2019\u00e9taient les gens.\r\n\r\nLa haine, le m\u00e9pris et le rire \u00e9taient ses armes contre la b\u00eatise. Au bout du compte, il a d\u00fb fuir vers les hauteurs, comme une b\u00eate bless\u00e9e, et puis dispara\u00eetre, dispara\u00eetre comme la neige de l\u2019an pass\u00e9. Ne me demandez pas o\u00f9.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nIl ne croyait en rien, et en fait de confiance, il ne se fiait qu\u2019\u00e0 son chien. Une fois o\u00f9 Albertine avait dit qu\u2019elle viendrait lui rendre visite, il avait r\u00e9pondu\u2009:\r\n\r\n\u00ab\u2009Je ne le croirai que quand je te verrai\u2009\u00bb. Et elle avait r\u00e9pliqu\u00e9, en protestant\u2009: \u00ab\u2009Si j\u2019ai dit que je venais, je viendrai\u2009!\u2009\u00bb\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nIl a seulement ri doucement, am\u00e8rement. Et il a dit (je ne sais pas s\u2019il a dit cela \u00e0 l\u2019intention d\u2019Albertine ou plut\u00f4t pour lui-m\u00eame)\u2009: \u00ab\u2009Ne dit-on pas que ceux qui vivent dans les alpages ont leurs propres croyances\u2009?\u2009\u00bb Et il a ajout\u00e9\u2009: \u00ab\u2009Croire c\u2019est le bonheur et mourir, c\u2019est la raideur.\u2009\u00bb\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nD\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans, il avait arr\u00eat\u00e9 de croire au Dieu des catholiques, le Dieu de p\u00e9ch\u00e9s et de p\u00e9nitences qui \u00e9tait toujours du c\u00f4t\u00e9 des pr\u00eatres, puisqu\u2019ils disaient ce que Dieu dit. De bonne heure, il avait cess\u00e9 de croire \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019ils pr\u00eachaient et \u00e0 leur justice.\r\n\r\nEt ceci encore\u2009: il ne croyait pas que l\u2019homme soit bon.\r\n\r\n\u00ab\u2009Je sais que je suis mauvais\u2009\u00bb.\r\n\r\nC\u2019\u00e9tait l\u2019une des rares phrases qu\u2019il disait.\r\n\r\nLe ton de ces six mots me faisait froid dans le dos. Ses yeux superbes bouillaient dans les miens et il disait\u2009:\r\n\r\n\u00ab\u2009Toi aussi tu sais que tu es mauvais.\u2009\u00bb\r\n\r\nEt je le savais.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nSon \u00e2me \u00e9tait souvent douloureuse, je le sentais \u00e0 sa voix. Il ne disait que peu de mots, et exceptionnellement des phrases enti\u00e8res. On ne comprenait pas toujours ce qu\u2019il disait, ce \u00e0 quoi il pensait. J\u2019ai tout \u00e9crit de la mani\u00e8re dont je l\u2019ai entendu et vu. Ses mots sont pass\u00e9s dans mon sang sans que j\u2019en comprenne toujours le sens. Mais en fin de compte, doit-on toujours tout comprendre\u2009? Son nom \u00e9tait Giacumbert, et c\u2019est par la m\u00eame lettre que commen\u00e7aient les noms des p\u00e2turages dont il avait la charge.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\nIl \u00e9tait fier de sa fille qu\u2019il avait eue d\u2019une femme mari\u00e9e, et encore plus fier d\u2019avoir r\u00e9ussi \u00e0 faire un b\u00e9b\u00e9 juste avec la femme qu\u2019il voulait, en se foutant pas mal des lois et des morales, sans que personne s\u2019en aper\u00e7oive, pas m\u00eame le \u00ab\u2009vieux\u2009\u00bb (comme il appelait son mari). Ainsi, il avait connu une fois le plaisir, il s\u2019\u00e9tait arrang\u00e9 pour que sa race ne s\u2019\u00e9teigne pas, et enfin il avait rabattu leur caquet \u00e0 toutes ces bonnes gens, aux vieilles femmes, aux mauvaises langues, qu\u2019elles parlent en long ou en large. Je sais pourquoi il m\u2019a dit cela \u00e0 moi. Pour que je l\u2019\u00e9crive, quand il serait parti, et pour que tous le sachent au bout du compte.\r\n\r\n&nbsp;","description-auteur":"Leo Tuor (1959-...) est un auteur de romans, d'essais et de nouvelles orginaire des Grisons. 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